Deep Dives

Le pic de recharge d’août a duré un samedi. Ensuite, tout le monde s’est garé.

September 2, 2026

Une montagne à un seul versant : une file de voitures gravit la face abrupte, puis la route descend vers une plage où les mêmes voitures sont garées
Il y a un mois, nous avions recensé 145 sites européens de recharge rapide qui avaient passé juillet avec une file d’attente. Voici la suite, avec la même méthode appliquée à août : jusqu’où les pics sont montés, où ils se sont produits, et à quoi ressemblait le réseau une fois le trafic des vacances retombé. Les bornes rapides européennes n’ont connu qu’une seule grande journée, et c’était la première. Le samedi 1 août, le réseau français a tourné à 26.8% de charge, toute la journée, sur un panel fixe de 8 287 points de charge. Pas quelques sites autoroutiers : le pays tout entier, en mouvement au même moment. L’Italie a eu son tour une semaine plus tard. Puis tout le monde est arrivé, s’est garé, et les bornes ont passé trois semaines à regarder la mer.

Voilà l’histoire d’août en une phrase. Le reste de cet article, ce sont les mesures qui la sous-tendent. Cette fois, nous avons étudié un échantillon légèrement différent : les destinations de vacances typiques, la France et l’Italie, aux côtés d’un vacancier typique, les Pays-Bas, tandis que la Suisse et les trois marchés nordiques ont été repris de juillet. 12 379 stations et 59 069 points de charge DC, les mêmes stations sur les deux mois : les chiffres ne bougent donc que lorsque les conducteurs le font.

26.8%
France, samedi 1 août
summer peak
60
Sites à 80%+ durant leur heure la plus chargée
0.7% of sites, 2.1% in July
−41.5%
Suède, cinquième le plus isolé
July to August
+42.6%
France par rapport à mai
still up

Un gros samedi, puis une longue décrue

Pourcentage de charge sur un panel fixe de 25 991 points de charge DC, par jour, du 20 juillet au 31 août 2026

Charge = minutes de recharge ÷ (points de charge × minutes dans la journée). Mêmes points de charge chaque jour. Source : Chargalytics.

Comment nous mesurons la charge
Le pourcentage de charge correspond aux minutes de recharge divisées par le nombre de points de charge multiplié par le nombre de minutes de la période. Un point de charge qui délivre de l’énergie six heures sur 24 affiche 25%. Le temps d’inactivité qu’un flux de données ne remonte pas ne peut pas le gonfler : chaque chiffre présenté ici est donc un plancher.

Le graphique quotidien n’utilise que les points de charge observés chaque jour des deux mois. Les comparaisons mensuelles utilisent les stations observées au moins 24 jours en juillet et 28 en août, équilibrées par jour de la semaine, en excluant une panne de flux de données de quatre jours, du 14 au 17 juillet.

La courbe française du graphique est une montagne à un seul versant. Deux samedis au-dessus de 24% fin juillet, puis 26.8% le 1 août, 26.2% le 8, et après cela chaque samedi plus bas que le précédent. Aucun rebond équivalent en fin de mois — ce qui est embarrassant pour quiconque a dimensionné un site pour le rush du retour le dimanche soir. Les gens partent ensemble et rentrent par vagues. Le départ est un pic. Le retour, une rumeur.

L’Italie accuse une semaine de décalage, avec un pic le 8 août à 25.0%. Puis vient Ferragosto, la fête nationale où l’on ne prend la route pour aller nulle part. Le samedi du long week-end est ressorti à 14.6%, en dessous de n’importe quel samedi de juillet. Les bornes ont pris leur journée elles aussi.

Les courbes nordiques racontent l’autre moitié de l’histoire. Les samedis suédois descendent par paliers de 19.9% à la mi-juillet à 11.9% fin août, presque sans un soubresaut au passage, et la Norvège dessine la même forme. Pas de pic d’août là-haut. Il y a juillet, puis le trajet du retour — et ce trajet est une pente, pas une falaise.

Pourcentage de charge le samedi sur le panel quotidien fixe
SamediFranceItaliePays-BasNorvègeSuède
18 juil.24.622.314.718.819.9
25 juil.25.419.714.618.318.9
1 août26.824.214.116.717.4
8 août26.225.014.215.015.0
15 août — Ferragosto22.814.613.412.512.2
22 août20.617.214.012.511.6
29 août17.315.614.511.711.9

Chaque marché a son heure de pointe. Ce n’est pas la même heure.

En passant de la journée à l’heure, les vacances révèlent leur emploi du temps. La France, l’Italie et la Suisse culminent toutes à dix heures le samedi matin. Ni le vendredi soir, ni le dimanche après-midi : le samedi, en milieu de matinée. La raison tient au calendrier des locations. Les locations de vacances françaises et italiennes fonctionnent du samedi au samedi : le pays entier quitte son logement et prend possession du suivant le même jour, et le premier arrêt recharge se fait à 200 km de chez soi, à peu près au moment où les enfants réclament le déjeuner. Les grands sites du réseau français ont tourné à 22.6% à dix heures un samedi, contre 7.9% lors d’une heure moyenne en milieu de semaine. Un samedi matin en France vaut trois mardis.

Pourcentage de charge par heure de la semaine en août 2026, grands sites DC, heure locale

Pondéré par point de charge, sites comptant quatre points de charge ou plus et d’au moins 50 kW, quatre semaines fixes en août. Source : Chargalytics.

Les pays nordiques n’ont pas les mêmes horaires parce qu’ils font autre chose. Personne ne loue un chalet suédois du samedi au samedi ; tu en possèdes un, ou tes parents en ont un, et tu y vas quand le travail te le permet. La Norvège culmine donc le vendredi à midi, au départ, tandis que la Suède et la Finlande culminent le dimanche à onze heures, au retour. Trois marchés, trois heures de pointe, une habitude commune : personne ne va nulle part le samedi après-midi. Deux cultures des vacances, deux schémas de trafic, et un site sur l’E6 comme un site sur l’A7 doivent être conçus pour des semaines différentes. En juillet, les pics nordiques se produisaient aux mêmes endroits, mais ils étaient plus hauts. L’heure la plus chargée de Norvège était alors à 27.9% contre 20.1% aujourd’hui, et elle s’est déplacée du samedi au vendredi : voilà à quoi ressemble un marché lorsque les touristes repartent et que les locaux récupèrent leurs week-ends.

MarchéJour le plus chargéSurcote par rapport à mar–jeuHeure de pointe (locale)
FranceSamedi+43%Sam. 10:00
ItalieSamedi+40%Sam. 10:00
FinlandeDimanche+30%Dim. 11:00
SuèdeDimanche+28%Dim. 11:00
NorvègeVendredi+18%Ven. 12:00
SuisseSamedi+17%Sam. 10:00
Pays-BasVendredi+7%Ven. 11:00

Et puis il y a les Pays-Bas : leur heure de pointe est onze heures un vendredi matin, et le samedi y est 7% plus chargé que le mardi. Ce n'est pas une configuration de vacances. C'est une semaine de travail avec une longue pause déjeuner. Garde cette idée en tête pour les deux prochaines sections.

Le Nord a rendu ce qu'il avait pris

Taux de charge par marché, juillet et août 2026, corrigé de l'effet des jours de la semaine
MarchéStationsPoints de chargeJuilletAoûtÉvolution
Italie2 6328 00510.6%10.2%−3.0%
Suisse1 5593 4567.2%6.7%−6.9%
France3 71219 94712.3%10.8%−12.3%
Pays-Bas7523 87312.0%10.5%−12.6%
Norvège1 28010 40212.2%9.7%−20.8%
Finlande1 0305 04610.1%7.8%−22.6%
Suède1 4148 34011.7%8.5%−26.9%

Entre un cinquième et un quart de la charge de juillet, disparus en un mois. La Suède a le plus reculé, de 26.9%, suivie de près par la Finlande et la Norvège. Les marchés qui ont porté la poussée estivale sont aussi ceux qui l'ont défaite — c'est la phrase la moins surprenante de cet article, et pourtant celle qui compte pour établir un business case. L'Italie et la Suisse ont à peine bougé, faute de pic à résorber. La France se situe entre les deux, en baisse de 12% à 10.8% : cela ressemble à une retombée, jusqu'à ce qu'on se rappelle qu'elle était à 7.7% en mai.

Là où cela a bougé sur la carte

Évolution du taux de charge de juillet à août, cinquième le plus isolé des stations versus cinquième le plus urbain

Stations réparties en cinquièmes selon le score de localisation Chargalytics dans chaque marché. Charge mensuelle corrigée de l'effet des jours de la semaine, du 14 au 17 juillet exclus. Source : Chargalytics.

Le score de localisation
Chaque station dispose d'un score de localisation Chargalytics, fondé sur le réseau routier, le trafic et son environnement. Nous classons les stations au sein de chaque marché et les répartissons en cinquièmes. Le cinquième inférieur est le plus isolé : les sites de corridor, les sites ruraux, ces endroits où l'on ne recharge que parce qu'on est de passage. Le cinquième supérieur, c'est la ville.

Regarde d'où, dans chaque pays, la charge s'est retirée, et l'histoire se précise. En Suède, le cinquième de stations le plus isolé a perdu 41.5% de sa charge de juillet ; le cinquième le plus urbain en a perdu 17.1%. La Norvège et la Finlande affichent le même clivage, dans un rapport d'environ quatre à un. La poussée de juillet vivait sur les routes entre les villes, sur les sites de corridor conçus précisément pour cette quinzaine-là — et c'est exactement de là qu'elle est repartie. Les bornes urbaines l'ont à peine remarqué.

L'Italie est l'image inversée. Son cinquième le plus isolé est le seul groupe de tout le panel à s'être davantage chargé en août, avec une hausse de 3.4%, tandis que ses villes se vidaient. Voilà à quoi ressemble un pays en vacances du point de vue d'une borne : personne à Milan, tout le monde sur la route côtière. La France et les Pays-Bas penchent dans le même sens, avec plus de douceur. La Suisse a reculé uniformément partout : c'est ce à quoi ressemble un marché sans pic estival. Rien à résorber, donc rien ne se résorbe.

Chaque point ci-dessous représente une station du panel. Zoome sur l'E6 au nord de Trondheim ou sur l'A7 au sud de Lyon, et tu peux regarder l'été s'en aller.

La carte des files d'attente, aoûtÉvolution du taux de charge, de juillet à août 2026 · 12 275 stations DC · 7 marchés
−50% ou plus−30%−15%−5%stable+5%+20%+45%+75% ou plus
Le vert-bleu indique qu'une station s'est calmée en août ; les couleurs chaudes, qu'elle s'est davantage chargée. La taille des points représente les points de charge. Zoome et déplace la carte : chaque point est une station. Charge mensuelle corrigée de l'effet des jours de la semaine. Source : Chargalytics.

La file d'attente à Urvillers

Le Relais Urvillers est une aire TotalEnergies de quatre bornes sur l’A26, entre Saint-Quentin et Laon, sur l’axe qu’empruntent les vacanciers néerlandais, belges et britanniques vers le sud. En août, son profil hebdomadaire a atteint 90% le samedi, 89% le dimanche et 87% le vendredi, et il a passé vingt heures distinctes d’une semaine moyenne au-dessus de 80%. Sous 80%, les conducteurs attendent parfois. Au-dessus, ils attendent à chaque fois. Quatre bornes, 150 kW et une file d’attente avec ses horaires. Voilà à quoi ressemble un site saturé vu de l’intérieur.

Taux d’occupation hebdomadaire au Relais Urvillers, août 2026
Relais Urvillers (TotalEnergies, A26), taux d’occupation hebdomadaire sur les quatre semaines jusqu’au 31 août 2026. Pic à 90.8%, moyenne à 42.5%, vingt heures distinctes de la semaine au-dessus de 80%. Source : modal de station Chargalytics.

Il n’est pas seul, même s’ils sont moins nombreux qu’en juillet. Parmi les 8 977 stations de cet échantillon comptant quatre bornes ou plus, 60 ont passé leur heure la plus chargée de la semaine au-dessus de 80% en août. En juillet, sur les mêmes sept marchés, elles étaient 180 sur 8 412. En part des sites, cela représente 2.1% en juillet et 0.7% en août, et l’article de juillet avait relevé 2.2% sur son propre panel de cinq pays : les deux mois sont donc cohérents, et août représente un tiers du pic. Quinze des seize pires sites sont français, principalement des relais TotalEnergies sur les A6, A26 et A75, suivis par les aires Carrefour d’Allego sur la Riviera et deux sites Tesla. La Norvège, qui comptait 21 sites au-dessus du seuil en juillet, n’en a aucun. Élargissez le filet à 60%, là où l’on parle de tension plutôt que de files d’attente, et l’on passe de 999 à 682 sites, soit 11.9% contre 7.6% de l’échantillon. Les points de congestion n’ont pas disparu. Ils se sont resserrés sur les autoroutes françaises, les samedis français.

Les Néerlandais sont eux aussi partis en vacances. Simplement pas aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas forment la ligne plate du premier graphique, non pas parce que les Néerlandais sont restés chez eux. Statistics Netherlands a recensé 21.9 millions de vacances d’été néerlandaises en 2025 : 13 millions à l’étranger, 13.4 millions en voiture, et la France comme première destination étrangère avec 2.2 millions. Le départ des Néerlandais se voit à Urvillers sur l’A26 et sur l’A7 au sud de Lyon, pas sur l’A2 au sud d’Utrecht. Ce qui reste, c’est un réseau de commerce et de trajets domicile-travail, des hubs Fastned et des parkings de supermarchés, où les voitures continuent d’affluer, août ou pas : le vendredi est le jour le plus chargé à 15.4%, le dimanche le plus calme à 13.2%, avec huit à dix sessions par borne et par jour tout le mois, et une heure de pointe le vendredi matin. Les Pays-Bas sont un marché d’origine. Les marchés d’origine ne culminent pas ; ce sont les marchés de destination qui le font. Ce qui explique aussi, sans surprise, pourquoi c’est là que le matériel en attente de voitures est le moins coûteux.

Qu’en faire

La conclusion de juillet résiste à août : c’est un problème de localisation, pas un problème de réseau. La charge nationale ne s’est jamais approchée d’un plafond. Soixante sites, eux, l’ont fait, sur une poignée de jours, et Urvillers chaque week-end. Les moyennes de portefeuille masquent cela — d’où l’intérêt d’observer la courbe heure par heure de la semaine plutôt que le chiffre mensuel.

Cela divise aussi le public, comme en juillet. Quiconque dimensionne sur la charge moyenne — autrement dit tout opérateur à but lucratif muni d’un tableur — voit dans août deux bons samedis au sein d’un mois calme : la charge nationale française du 1 août était 2.2 fois supérieure à son niveau du 31. Quiconque dimensionne pour le pic — autrement dit celui qui a promis à un conducteur une prise à dix heures un samedi — voit une aire de quatre bornes qui doit en avoir huit. Mêmes données, deux réponses justes, et l’écart entre les deux est le coût d’une file d’attente.

Dans les pays nordiques, la question est différente. Un site de corridor qui tournait à 40% un samedi de juillet est tombé à 8 à 10% en août et à 5 à 9% en mai. C’est le chiffre que le tableur de charge moyenne doit couvrir, et il a onze mois pour y parvenir. Juillet est le bonus, pas le plan.

Et pour ceux qui espèrent que l’été n’était qu’un épisode isolé qu’il suffit d’attendre : la France en août restait 42.6% au-dessus de sa référence de mai, la Suisse 31.6%, la Finlande 26.3%. La marée s’est retirée. Elle n’est pas revenue à son point de départ, et en juillet prochain elle remontera plus haut.

Lire l’article de juillet
Le réseau de recharge européen a survécu à juillet. 145 sites, non. Même méthode, même définition du panel, un mois plus tôt.

Source. Données d’observation unifiées Chargalytics : flux NOBIL pour la Norvège, la Suède et la Finlande, flux dérivés d’OCPI pour la France, l’Italie, les Pays-Bas et la Suisse. Tous les chiffres couvrent les connecteurs DC (CCS/Combo et CHAdeMO) de 50 kW ou plus. Période. Du 1 juillet au 31 août 2026, avec exclusion du 14 au 17 juillet pour les marchés hors NOBIL en raison d’une interruption des flux ; les charges mensuelles sont équilibrées par jour de semaine, de sorte que l’exclusion ne peut pas biaiser un mois. Les profils heure par heure de la semaine utilisent quatre semaines complètes chaque mois, en heure locale. Échantillons. 12 379 stations et 59 069 bornes pour les panels par pays et par jour, avec les mêmes stations sur les deux mois ; 8 977 sites comptant quatre bornes ou plus pour le décompte de saturation d’août et 8 412 pour juillet ; 12 275 stations sur la carte. Les quintiles de localisation utilisent le score de localisation Chargalytics, classé au sein de chaque marché et pondéré par le nombre de bornes.